Lettre ouverte à Mme Elgrably-Lévy
Lettre ouverte à Mme Elgrably-Lévy
ou
Quand changer quelques mots fait apparaître les vrais maux…
En réponse au texte de Nathalie Elgrably-Lévy (économiste senior à l’Institut économique de Montréal), paru dans la semaine du 12 novembre 2012.
Pour mieux comprendre ma réponse et le deuxième titre de mon texte, j’ai décidé d’insérer le texte de Mme Elgrably-Lévy avant le mien. Je vous suggère même de le lire deux fois afin de mieux saisir toutes les subtilités du mien.
Texte original de Mme Elgrably-Lévy.
Vous avez remporté les élections. Félicitations pour votre victoire! D’une certaine façon, le destin économique des Québécois est entre vos mains. Les choix que vous ferez et les politiques que vous adopterez laisseront leurs empreintes pour les décennies à venir. Vous pouvez être l’artisane d’une formidable prospérité économique, tout comme vous pouvez contribuer à la ruine de notre Belle Province. Le choix n’en tient qu’à vous.
Pour laisser un souvenir positif de votre passage, les politiques que vous mettrez en œuvre devront respecter quelques principes économiques élémentaires. Il ne s’agit nullement de théories expérimentales, mais bien de préceptes vérifiés empiriquement, de faits indépendants du parti politique ou de l’école de pensée auxquels on s’identifie. Ainsi, rappelez-vous que :
• Ce n’est pas en privilégiant l’immobilisme que l’on fait croître l’économie.
• Ce n’est pas en pénalisant la réussite que l’on incite les travailleurs à l’effort.
• Ce n’est pas en punissant le succès que l’on encourage l’entrepreneuriat.
• Ce n’est pas avec un cadre réglementaire paralysant que l’on favorise l’initiative.
• Ce n’est pas en rigidifiant le marché du travail que l’on stimule la création d’emplois.
• Ce n’est pas en appauvrissant les riches que l’on enrichit les pauvres.
• Ce n’est pas en déclenchant une guerre des classes que l’on construit une société unie.
• Ce n’est pas en niant la gravité de la dette du Québec que l’on prend les mesures nécessaires à sa réduction.
• Ce n’est pas en s’inclinant devant la force syndicale que l’on prend des décisions économiquement saines.
• Ce n’est pas en cultivant la dépendance économique que l’on peut prétendre à l’indépendance politique.
Pour appuyer ces préceptes, voici quelques expériences économiques desquelles tout chef d’État devrait tirer de précieuses leçons :
• La Californie est l’État américain qui impose le plus les revenus des particuliers. C’est aussi l’État avec l’un des plus hauts taux d’imposition des profits des entreprises et l’un des environnements les moins propices aux affaires. Résultat? « L’État doré » se vide de sa population et de ses entreprises, ses recettes fiscales s’écroulent, son déficit se creuse et plusieurs de ses municipalités ont déclaré faillite.
• La Grèce a permis à sa fonction publique de grossir démesurément, a accepté d’innombrables revendications syndicales et a instauré une kyrielle de programmes sociaux et de généreux avantages qu’elle n’avait pas les moyens de financer. Aujourd’hui, son modèle s’effondre et sa population vit un enfer économique.
• La Suède a longtemps été citée en exemple pour son système social-démocrate. Or, voilà près de 20 ans qu’elle s’éloigne progressivement de ce modèle. Elle a entrepris une série de réformes pour réduire la taille de l’État, favoriser les libertés économiques et donner une plus grande place à l’économie de marché. L’économie suédoise figure maintenant parmi les plus solides d’Europe.
Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique (1991), disait : « Ce n’est pas en perfectionnant la bougie qu’on invente l’électricité. » En politique comme en science, il faut savoir changer de cadre d’analyse pour avancer.
Être la première femme élue à la tête du Québec, c’est bien. Être celle qui rompt avec des croyances économiquement toxiques pour les remplacer par des principes porteurs de prospérité, c’est tellement mieux!
Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l’Institut économique de Montréal. Elle signe ce texte à titre personnel.
* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.
Ma réponse :
Mme Marois a remporté ses élections. Félicitations pour sa victoire! D’une certaine façon, le destin environnemental et social des Québécois est entre ses mains. Les choix qu’elle fera et les politiques qu’elle adoptera laisseront une empreinte pour les décennies à venir. Mme Marois pourrait être l’artisane d’une formidable révolution sociale et environnementale, tout comme elle pourrait contribuer à la ruine de notre Belle Province. Le choix n’en tient qu’à elle.
Pour laisser un souvenir positif à son message, les politiques qu’elle mettra en œuvre devront respecter quelques principes environnementaux et sociaux élémentaires. Il ne s’agit nullement de théories expérimentales, mais bien de préceptes vérifiés empiriquement, de faits indépendants du parti politique ou de l’école de pensée auxquels on s’identifie. Ainsi rappelez-vous que :
- C’est en privilégiant l’immobilisme en environnement que l’on fait décroître nos chances de survie sur cette planète.
- C’est en ne pénalisant pas les abus des banques, des corporations, des gouvernements (abus faits très souvent au nom de l’économie) et les dommages à l’environnement que l’on incite les travailleurs et les citoyens à la révolte.
- C’est en ne punissant pas suffisamment la fraude, le vol et la collusion que l’on encourage la déresponsabilisation de l’entrepreneuriat.
- Ce n’est pas avec un cadre réglementaire économique souple et permissif pour les entreprises que l’on favorise nécessairement l’environnement, la justice sociale et l’équité.
- Ce n’est pas en rigidifiant et en multipliant les accords de libre-échange au détriment des droits des travailleurs et des droits des nations que l’on stimule la création d’emplois.
- Ce n’est pas nécessairement en enrichissant les riches que l’on enrichit les pauvres.
- Ce n’est pas en niant une guerre des classes que l’on construit une société unie.
- Ce n’est pas en faisant de la dette du Québec notre principale priorité que l’on prend les mesures nécessaires à notre bien-être collectif.
- Ce n’est pas en s’inclinant devant la force du milieu des affaires que l’on prend des décisions socialement saines.
- Ce n’est pas en cultivant l’illusion de la dépendance économique envers le Canada que l’on peut prétendre à l’indépendance.
Pour appuyer ces préceptes, voici quelques expériences sociales et environnementales desquelles tout chef d’État devrait tirer de précieuses leçons :
- L’Islande a, pacifiquement, mis à la porte son gouvernement, rédigé une nouvelle constitution, rejeté par un référendum citoyen le sauvetage des banques privées, nationalisé les banques Glitnir, Landsbankinn et Kaupthing, poursuivi et emprisonné les fraudeurs responsables de la crise, refusé de payer sa dette auprès du FMI, nationalisé ses ressources énergétiques et a terminé l’année 2011 avec une croissance économique de 2,1% et selon les prévisions de la Commission européenne, elle va faire le triple du taux de croissance attendu pour l’UE en 2012 (1,5%). Pour 2013, la croissance devrait atteindre 2,7%, principalement à cause de la création d’emplois.
- La Suède est un modèle à suivre. Ils ont su combiner développement durable et rentabilité économique. En matière environnementale, leurs activités tournent principalement autour du traitement des déchets, le recyclage et les énergies renouvelables. L’idée est simple : pour remplacer les énergies fossiles polluantes et en voie d’épuisement, ils utilisent leurs déchets. Une nouvelle matière première qui fournit de nouveaux types de carburants, éthanol ou biogaz. Ils ont comme intention de devenir neutre en carbone d’ici 2050.La croissance actuelle de la Suède est sur un rythme d’environ 4% ….avec une réduction des gaz à effet de serre de 9% depuis 6 ans.
- Presque partout dans le monde, les manifestations contre l’application des mesures d’austérité continuent de ne pas défrayer la manchette de nos quotidiens. Ces manifestations dénoncent les coupures appréhendées dans les programmes sociaux, mais surtout, elles dénoncent la dictature économique des banques, des grandes corporations et des gouvernements irresponsables dans laquelle le monde s’est progressivement enlisé.
Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique (1991), disait : « Ce n’est pas en perfectionnant la bougie qu’on invente l’électricité. » En politique comme en science, il faut savoir changer de cadre d’analyse pour avancer.
Être la première femme élue à la tête du Québec, c’est bien. Être celle qui rompt avec des croyances économiquement toxiques pour les remplacer par des principes porteurs de justice et d’équité, c’est tellement mieux!
Sébastien Croteau, être humain, royalement écœuré de voir les apôtres de l’économie en vanter les louanges sans se soucier des impacts sociaux et environnementaux.
Cette chronique ne sera pas aussi publiée dans Le Journal de Québec.
Sébastien Croteau








